USA, les musulmans se bougent !

USA, les musulmans se bougent !

Aux USA, des musulmans se bougent pour faire changer le monde. Pas en manifestant mais en s'investissant et en s'engageant dans la vie politique. Comment peser sur les décisions si ce n'est en prenant part au processus de décision.

Le président Donald Trump fait naître des vocations. En tout cas contre lui! Ainsi en est-il dans le Michigan, où le Dr Abdulrahman El-Sayed, fils d’immigrants égyptiens, brigue le poste de gouverneur sous les couleurs démocrates. Dans cet Etat sinistré du Midwest, remporté en novembre par le multimilliardaire new-yorkais avec une infime avance de 13 107 voix, ce brillant diplômé en médecine et en santé publique des Universités d’Oxford et de Columbia promet notamment de créer, au niveau local, une caisse publique d’assurance-maladie pour compenser l’abrogation nationale de l’Obamacare par la majorité républicaine à Washington. La nouvelle loi fédérale sur la santé, après avoir subi un premier échec le 24 mars, a été votée ce jeudi à la Chambre des représentants, avant d’être soumise au Sénat, où elle fera l’objet d’amendements dans les prochaines semaines.

Le jeune Dr El-Sayed, 32 ans, sera-t-il donc le premier musulman à devenir gouverneur aux Etats-Unis? Sera-t-il vraiment porté au pouvoir, lui qui dit pratiquer les cinq prières quotidiennes, ne consommer ni porc ni alcool, et dont la femme, Dr Sarah Jukaku, diplômée en santé mentale, porte le foulard islamique? Sur son site de campagne, AbdulForMichigan.com, le candidat met en avant son principal fait d’armes: le maire de Detroit, Mike Duggan, lui a confié il y a deux ans la «résurrection» du Département de la santé, qui avait été privatisé suite à la mise en faillite de la Municipalité en 2013.

Lui qui était destiné à une prestigieuse carrière de professeur de santé publique à l’Université Columbia, New York, a accepté de retourner dans le Michigan travailler dans la métropole où il est né, l’une des villes les plus pauvres des Etats-Unis. Il s’y est démené pour fournir un millier de lunettes à des écoliers souffrant de problèmes de vue, il a mené des négociations avec la compagnie pétrolière Marathon pour réduire de 20% les émissions de dioxyde de soufre de la raffinerie toute proche, il a développé un programme pour lutter contre l’asthme, qui provoque trois fois plus d’hospitalisations que dans le reste de l’Etat!


Mais ce qui a déclenché le tournant politique de cet épidémiologiste, c’est la crise de saturnisme dans la ville de Flint, où la plupart des 100 000 résidents buvaient de l’eau empoisonnée au plomb. L’état d’urgence y a été déclaré en janvier 2016. Une situation qu’il juge particulièrement scandaleuse au Michigan, un Etat surnommé «The Great Lakes State» parce qu’il touche quatre des cinq Grands Lacs situés à la frontière du Canada. Ce n’est visiblement pas l’eau fraîche qui manque dans la région. Or, pour Abdul El-Sayed, cette crise sanitaire est l’une des conséquences des multiples privatisations d’infrastructures publiques menées par l’actuel gouverneur républicain Rick Snyder. Désormais, le bon docteur Abdul ne veut donc plus se consacrer seulement au redressement de Detroit, l’ancienne capitale de l’industrie automobile qu’on surnommait volontiers «Motor City» ou «Motown». Le candidat El-Sayed entend redonner espoir aux dix millions de «Michiganders», dont un cinquième vit dans la pauvreté. Parmi eux, de nombreux Afro-Américains…


La campagne «Abdul for Michigan» mise sur le ras-le-bol des petites gens qui rejettent les élites politiques. Le même ras-le-bol qui a donné la victoire à Donald Trump. Mais au contraire du président républicain, le docteur de Detroit se pose en rassembleur. A la manière d’un Barack Obama, il affiche son métissage culturel. Fils d’immigrants égyptiens, il a surtout grandi avec son père Mohamed et sa belle-mère «Jackie» (née Jacqueline

Johnson), tous deux professeurs de génie mécanique. Lui est imam à temps partiel, elle est née chrétienne au Michigan d’une mère diacre dans l’Eglise presbytérienne. Quant à l’oncle Piotr, d’origine polonaise, c’est un athée convaincu. Enfin, l’épouse du candidat, Sarah Jukaku, est la fille d’immigrants indiens.

L’immigration, aux yeux du candidat, est moins un problème qu’une bénédiction qui a fourni des mains et des cerveaux à l’économie de cet Etat. Raison pour laquelle il veut en faire un «sanctuaire», comme la Californie, refusant d’aider les forces fédérales dans leur traque aux immigrants clandestins.

Evidemment, Abdul El-Sayef n’est pas seul dans la course, il a déjà deux concurrents déclarés au sein même de son parti. On saura dans un mois, quand il devra publier l’état financier de sa campagne, s’il a la moindre chance de tenir le coup dans ce long marathon politique jusqu’à la primaire démocrate l’an prochain, puis l’élection en novembre 2018 du gouverneur du Michigan.

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