Plus de portables et Selfies à MECCA

Plus de portables et Selfies à MECCA

INTERDICTION - Les selfies et autres photos sur les Lieux Saints n’ont pas laissé insensibles les autorités du pays.

Si les pèlerins n'étaient pas toujours mal intentionnés, les excès ont été nombreux... Parmi les impératifs du Hajj et de la Omra, l'intention d'exécuter ces rites sans ostentation ou sans chercher à en retirer une quelconque gloire fait partie des conditions de sincérité. Les selfies ne vont pas dans ce sens...
Il est évidemment agréable de recevoir la photo d'un parent (père, mère, soeur ou frère ), mais aujourd'hui on assiste davantage à une ambiance d'attraction autour des lieux saints.

Devenu presque une mode à laquelle s’adonnent les pèlerins, qu'ils soient ou non célèbres, le selfie est désormais interdit par l’Arabie Saoudite. Le royaume a publié un décret le 10 décembre dernier dans lequel il interdit toute prise de photo, quel qu’en soit le type ou le moyen dans l’espace des lieux saints.

Une décision qui s’explique par la volonté de préserver la portée spirituelle et religieuse de ces lieux. Selon le média saoudien Okaz, cette décision trouve aussi son origine dans la nécessité de réagir à la gêne auprès des pèlerins que provoquent les prises de photos, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des lieux saints.

La direction des affaires du Hajj et de la Omra du ministère de la Justice et des Affaires islamiques d’Arabie saoudite a entamé la généralisation de cette décision appelant à élargir la sensibilisation et l’information. Et pour cause, toute violation de cette interdiction pourrait être si nécessaire sanctionnée par la saisie de l’appareil servant à prendre des clichés ou à filmer.



Les indonésiens en ont fait un "rite"...
Si les pèlerins à La Mecque sont priés d’abandonner bijoux et habits quotidiens pour se vêtir tout de blanc, le téléphone portable n’était pas interdit. Les 221 000 pèlerins indonésiens, les plus nombreux en Terre sainte, rivalisaient de selfies.

“C’est comme si désormais le selfie incarnait un rite important qui complète les divers prérequis du pèlerinage à La Mecque, s’ajoutant aux pratiques religieuses obligatoires et surérogatoires”, note non sans ironie le quotidien indonésien Kompas. Et de citer la blague qui circule dans les milieux des pensionnats musulmans indonésiens pour souhaiter un bon pèlerinage à la Mecque à ses proches : “Entre à fond dans le monde du selfie.”

En Terre sainte, chaque moment de répit, aussi bref soit-il, était utilisé pour se prendre en photo avec son téléphone portable. Kompas énumère ainsi la liste des lieux et des gestes les plus sacrés et les plus forts en émotions : avant et après la prière dans la mosquée Nabawi à Médine, ou dans la mosquée Haram à La Mecque, entre la pierre noire et la porte de la Kaaba, entre deux tawaf, la circumambulation autour de la Kaaba, puis en reprenant son souffle pendant la course à petits pas, dite sai’, entre les collines Safâ et Marwâ, sept allers-retours, et bien sûr jusqu’au mont Arafat et la lapidation de Satan devant la stèle Jamrat al Aqabah.

À croire que le selfie était devenu le témoin historique du pèlerin qui rejouait des épisodes de la vie du prophète Abraham, de sa femme Agar et de leur fils, le prophète Ismaël, convaincu que s’il ne prenait pas ces poses essentielles sur ces lieux fondateurs, son pèlerinage ne serait pas complet.”
C’est ainsi que le selfie était devenu l’œil qui enregistrait tous les faits et gestes du pèlerin dans les lieux les plus emblématiques. “Un œil chargé d’une multitude d’émotions qui se répandait sur les réseaux sociaux dans un pêle-mêle invraisemblable allant de l’émerveillement au pardon, en passant par l’espoir de devenir un être meilleur”, poursuit Kompas dans sa satire.

Critiques sur les réseaux sociaux

Bien sûr, les réactions sur les réseaux sociaux ne se font jamais attendre. Si beaucoup félicitaient le pèlerin, d’autres le critiquaient violemment, arguant que la Terre sainte n’est pas une tribune pour mettre en scène son ego, mais au contraire un lieu où l’on doit s’exercer à l’humilité devant le Divin. Et qu’en est-il du prétendu interdit de représentation humaine et animale dans l’islam ? La fièvre du selfie en fait fi !

Mais Kompas met en garde les pèlerins accros au selfie :

Si vous montrez la moindre intention d’afficher votre grandeur et d’effacer la majesté de Dieu dans ces lieux saints que sont La Mecque et Médine, vous deviendrez un ‘esclave du selfie’, dont la vie n’a plus aucun sens. Par contre, si votre intention est de partager votre foi avec d’autres pour qu’ils deviennent eux aussi plus croyants, alors vos selfies s’enrichiront d’une ‘magashid’, une marque d’exigence qui vous permettra de vous rapprocher d’Allah. Mais attention, le contrôle du cœur pour calmer l’ego narcissique peut s’avérer être un exercice périlleux et fluctuant.”

Faites vivre cet article, partagez-le à vos connaissances !

Inscris-toi à la newsletter

Les commentaires