l'islam de France, la prochaine mission de Macron

l'islam de France, la prochaine mission de Macron

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, était parti sur l'idée stupide de créer un islam de France. Mais il l'islam n'est pas modifiable. Le président Macron est plus rusé. Son objectif n'est pas de changer l'Islam mais de réunir des musulmans capables d'être des relais fiables pour rendre la cohabitation plus agréable sur le territoire français. Le CFCM est jugé illégitime par la plupart des musulmans et qualifié de "conseil d notables déconnectés" par les critiques extérieures.

Comme à son habitude, le jeune président français prend la température, tire ses conclusions et agit vite. On peut espérer voir naître un véritable organe de représentation des musulmans en france eu premier semestre 2018.

Emmanuel Macron, qui recevait jeudi les représentants des grandes religions, va s'attaquer à ce difficile chantier. Formation des imams, financement des mosquées, le gouvernement ne part pas de rien, mais veut pousser les différents interlocuteurs du monde musulman à aller plus loin.
Le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Gérard Collomb, va mettre en place « une instance informelle de dialogue et de concorde » entre les religions en tout début d'année. Depuis des mois, il consulte intellectuels, théologiens et associations pour nourrir sa réflexion.


«Il n'y a pas de sentiment commun d'appartenance»
« La difficulté tient au fait que la communauté musulmane n'existe pas, décrypte Hakim El Karoui, financier et essayiste, fondateur du Club XXIe siècle, reçu il y a peu Place Beauvau. Il n'y a pas de sentiment commun d'appartenance. Et les musulmans les plus intégrés ne se sentent pas investis, comme peuvent l'être certains catholiques ou juifs, dans une vie communautaire. »

L'autre enjeu consiste à ne froisser personne tout en dépassant les frontières actuelles du Conseil français du culte musulman (CFCM), institution créée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. « Chacun y défend sa tribu et son pré carré, estime un bon connaisseur du dossier. L'erreur de Sarkozy a été de créer cette structure en s'appuyant sur les puissances étrangères. » Organisée par fédérations de mosquées, elles-mêmes financées par des pays étrangers comme l'Algérie, le Maroc ou le Qatar, beaucoup, dans l'entourage du président, fustigent « une institution de notables qui ne parle pas aux musulmans ». Une enquête de l'Ifop publiée par l'Institut Montaigne — think tank qui a nourri le programme d'Emmanuel Macron — dresse le portrait d'une majorité musulmane silencieuse qui ne se reconnaît pas dans cette instance.

Comment, alors, le gouvernement peut-il faire émerger des interlocuteurs sans donner l'impression de s'immiscer ? « Après le traumatisme des attentats, une nouvelle génération est prête à s'engager », veut croire El Karoui.

Reste le nerf de la guerre : l'argent. Une contribution sur la viande hallal pour financer les lieux de cultes pourrait être à nouveau d'actualité. « Où va l'argent de l'abattage rituel ? s'interroge la macroniste Bariza Khiari, elle aussi reçue à Beauvau. Il y a de l'argent, mais il faut une traçabilité des flux financiers. » « A force de ne rien faire, les islamistes, la galaxie des Frères musulmans ont pris la place », regrette Hakim El Karoui.
A l'Elysée, on souligne l'échec des prédécesseurs sur ces sujets. Beaucoup pointent le manque de moyens de la Fondation pour l'islam, instaurée après les massacres du 13 novembre 2015. Son président, Jean-Pierre Chevènement, « pédale dans son coin, sans budget », lâche un proche de Macron. Le gouvernement de Manuel Valls n'était pourtant pas resté inerte, il avait mis sur pied « une instance de dialogue » et promu la formation des imams en France via des diplômes universitaires. « Nous nous inscrivons dans la continuité », tempère l'entourage du ministre de l'Intérieur.
Dans son grand discours sur les banlieues, à Tourcoing (Nord) à l'automne, Emmanuel Macron avait dit que la France avait démissionné en laissant des extrémistes porter la haine dans les quartiers. Charge pour lui, désormais, de reprendre la main.

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