Le Livre d'Al Bukhari remis en cause?

Le Livre d'Al Bukhari remis en cause?

Un Chercheur marocain a entamé une étude approfondie depuis 2001 sur les origines de ce livre qui est un pilier de la science islamique. Dans son livre, Rachid Aylal, tente de démontrer que ce livre n'est pas d'Al Bukhari lui même et qu'il comporte des contradictions avec le Coran.

Ces arguments semblent être cohérents et ses intentions ne semblent pas être mal orientées. La vérité se différencie du faux, et c'est n'est pas toujours la majorité qui a raison alors nous souhaitions donné une part d'exposition à cette critique si elle peut être utile dans l'amélioration de notre compréhension de la Religion.

Pour Rappel, La signature du livre "Sahih Al Boukhari, fin d’une légende", du chercheur en patrimoine religieux Rachid Aylal, a été interdite samedi 14 octobre, à Marrakech. Selon l'écrivain, le maire PJDiste de la ville serait à l'origine de cette décision. Il revient pour nous sur les circonstances de l'interdiction et le contenu de ce livre controversé.

Voici un extrait de l'interview donné à la "Dépêche Maroc"

Quels motifs vous ont présenté les autorités de Marrakech pour vous signifier l'interdiction de la signature de votre livre?

La décision a été prise par le maire Pjdiste de la ville, sans justification écrite. Selon le conseil communal de la ville, les organisateurs n'avaient pas l'autorisation de la préfecture pour utiliser la salle de conférence dans laquelle l'événement était prévu. Cela n'a pas de sens puisqu'il faut obtenir l'aval de la commune avant d'aviser les autorités locales. Je suis allé voir le maire en personne qui a opposé une fin de non-recevoir, sans document officiel.

Trois jours avant la date prévue pour la signature du livre, le pacha m'a appelé pour me donner les raisons qui auraient motivé cette interdiction. Le livre devait être préalablement présenté devant un comité du conseil des oulémas, selon lui.

N'ayant pas reçu de document écrit, je me suis présenté devant la salle de conférence pour assurer la signature, le 14 octobre. Elle était fermée et la police nous en interdisait l'accès. Nous avons dû faire la signature dans un café.

Pensez-vous que c'est dû au sujet de votre livre qui est sensible?

La signature a été interdite parce que pour ces gens, le Sahih Al Boukhari ne peut être le sujet de critiques. Ce texte est un recueil de hadiths authentiques, une référence pour tous les imams de l’islam. Il est considéré comme étant le livre le plus authentique après le Coran.

D'ailleurs, un débat sur la radio MFM, prévu le 19 octobre, a été annulé car le conseil des oulémas réclamait le droit d'y participer. Et on m'a dit qu'un imam de Marrakech avait même fini son prêche, vendredi dernier, en invitant les croyants à ne pas lire mon livre sous prétexte que je serais un athée, un journaliste ignorant et un ennemi de l'islam.

Votre livre est-il commercialisé?

Il est sorti au Maroc aux éditions Dar el Watan, le 4 octobre dernier. Sur 1000 exemplaires tirés, nous en avons vendu 350 en quatre jours. Le livre est actuellement disponible dans les librairies de Marrakech mais il sera bientôt distribué dans tout le Maroc.

Revenons au contenu du livre, quel poids a le Sahih Al Boukhari dans l'islam aujourd'hui?
La majorité des cheikhs, qui ont un grand pouvoir sur les musulmans, basent leur fatwa et leur savoir sur ce texte et non sur le Coran. Or, en étudiant les manuscrits, on remarque que des dispositions de la Sharia s'opposent totalement au Coran.

Des exemples de ces contradictions entre le Coran et le hadith?

Le Coran garantit, par exemple, la liberté de culte dans plusieurs sourates. Dans la sourate al baqara (la vache), un verset souligne qu’il n’y a "pas de contrainte en matière de religion". Un autre, dans la sourate al massad, précise: "chacun sa religion". Or, selon le Sahih Al Boukhari, le prophète dit: "j’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils témoignent qu’il n’est dieu qu’Allah et que je suis son envoyé". C’est un appel à la conversion par la force et c’est ce genre de hadiths que certains imams choisissent pour justifier le meurtre de l’apostat.

"Les musulmans sont aujourd’hui incapables de faire la différence entre l’héritage religieux, qui est une interprétation de la religion, et la religion elle-même"

On vit une certaine schizophrénie au sein de nos sociétés musulmanes.

Quelles sont les conséquences de cette schizophrénie?

Le fait que certaines dispositions de la Sharia soient plus sévères que ce qui est écrit dans le Coran est à l’origine de la radicalisation de certains musulmans. Pour le jeûne, par exemple, le Coran est très clair dans la sourate al baqara en précisant que "celui qui est incapable de jeûner doit nourrir un pauvre pour compenser sa journée de jeûne" tandis que le hadith préconise de jeûner deux mois consécutifs ou de nourrir 60 pauvres. Ce qui n’est tout simplement pas mentionné dans le Coran.

Vous êtes le premier Marocain à avoir abordé ce sujet. Pourquoi estimez-vous que le Sahih Al Boukhari est un mythe comme le suggère le titre de votre ouvrage?

J’ai entamé mes recherches en 2001 avec une étude comparative du hadith et du Coran. À ma grande surprise, j’ai découvert que le plus ancien manuscrit du Sahih Al Boukhari n’avait été rédigé que 240 ans après la mort de l'imam.

"J’en suis arrivé à la conclusion que ce livre est orphelin. On ne connaît pas son vrai auteur, ce qui revient à dire que le manuscrit original attribué à Al Boukhari n’a jamais existé."

Quelle a été votre méthode pour démontrer que ce recueil n’est pas authentique?

Mon livre est le premier dans le monde arabe et musulman à baser sa critique du Sahih Al Boukhari sur l'étude des manuscrits. Je suis parti des écrits des grands imams de l’islam (Ibn Al Qayyim, Ibn Taymia, Ibn Hazem, Attarmidi, Ibn Al Hammam), qui, même s’ils défendent le recueil de Al Boukhari, le critiquent aussi. En d’autres termes, les gens qui me traitent en ce moment d’athée sont en train d’accuser leurs imams historiques d’athéisme.

Je ne critique pas le hadith en soi, mais la méthode employée pour prouver son authenticité. Pour prouver qu’un hadith est authentique, on se fie aux hommes qui l’ont raconté au lieu de voir s’il ne s’oppose pas au Coran et à la science. Ce n’est pas parce que c’est un livre de Al Boukhari que son contenu est intouchable.

Pour moi, le problème ne se situe pas au niveau de la sunna pratique : comment faire la prière, etc. C’est la transcription de la sunna que je remets en cause.

Dans le chapitre "le délit du hadith", vous liez la régression des sociétés musulmanes au hadith. Pouvez-vous expliciter cela?
Toutes les sociétés ont un héritage religieux mais elles arrivent à s’en émanciper pour pouvoir progresser. À l’opposé, les musulmans s’attachent à cet héritage tel quel.

Aujourd’hui, les partisans du hadith vivent dans le passé et essaient de nous imposer ce modèle. Ils veulent qu’on rejette le progrès scientifique et les inventions qui révolutionnent le monde sous prétexte qu’ils s’opposent au hadith ou qu'ils lui sont étrangers.

"Si on lit bien le Coran, rien ne dit que la théorie de Darwin, par exemple, est fausse."

Au contraire, un verset dans la sourate al ankabout, la soutient: "parcourez la terre et voyez comment Il a commencé la création".

Qui a intérêt à promouvoir le hadith?

Historiquement, ce sont surtout les politiques et chefs d’État qui l'ont soutenu.
Pourquoi?
Cela les arrangeait d'avoir en face d'eux des gens soumis au nom de la Sharia et de coloniser des pays au nom du hadith qui appelle au jihad. Même le terme "sujet" qui désigne un citoyen n’est cité que dans le hadith. En d’autres termes, le hadith a créé une religion de soumission.

Faites vivre cet article, partagez-le à vos connaissances !

Inscris-toi à la newsletter

Les commentaires