DAECH, l'origine des armes.

DAECH, l'origine des armes.

L'organisation Conflict Armament Research démontre que le groupe jihadiste a notamment compté dans son arsenal des matériels pris aux arsenaux irakiens et aux rebelles syriens, ou fournis sous le manteau par certains gouvernements africains.

D’où les armes utilisées par l’Etat islamique pour bâtir son proto-Etat en Irak et en Syrie provenaient-elles? La question est simple, la réponse beaucoup plus complexe. L’organisation CAR (Conflict armament research) a enquêté durant trois ans à Bagdad, Mossoul, Fallouja ou Tal Afar, en Irak, et au Kurdistan syrien. Elle a examiné plus de 40 000 pièces d’armements. Elle a retracé les circuits de transit qui passent par d’autres pays en guerre, du Soudan au Yémen.

Dans un rapport publié jeudi, elle aboutit à deux conclusions principales : environ 90% des armes et munitions proviennent de stocks fabriqués en Chine et dans les pays de l’ex-pacte de Varsovie, pays de l’Est et Russie. Mais l’Etat islamique a également récupéré des matériels, dont des armes antichars, fournis par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite à des groupes rebelles syriens. Le plus souvent, ces livraisons avaient elles-mêmes violé les accords passés avec les pays fournisseurs, qui interdisaient que les armes soient réexportées.

Avant de perdre la plupart de ses territoires en Irak et Syrie, l’Etat islamique avait pour habitude d’affirmer que la majeure partie de son armement venait des arsenaux irakiens et syriens. Les enquêteurs de CAR ne le nient pas, mais affirment qu’il est impossible de le confirmer, Bagdad, et surtout Damas, disposant de larges stocks non répertoriés.

D’après CAR, au moins 12% des armes de l’EI appartenaient à l’armée irakienne. Parmi elles, une majorité a été récupérée lors de la prise de Mossoul, en juin 2014. Il n’avait alors fallu que quelques jours aux jihadistes pour s’emparer de la ville irakienne face à la débandade des soldats gouvernementaux. Une partie de l’arsenal s’est ensuite retrouvée à Kobané, ville du Kurdistan irakien que l’EI tentait en vain de conquérir. Les enquêteurs de CAR ont retrouvé là-bas des roquettes et mitrailleuses que la Bulgarie avait légalement vendues à l’Irak entre 2005 et 2011. Ils ont également récupéré des boîtes de munition livrées par la Serbie à Bagdad fin 2004.

L’Etat islamique a aussi profité de livraisons à l’opposition armée syrienne financées par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. Celles-ci se faisaient notamment via des tiers, dont les sociétés américaines Kiesler Police Supply, Purple Shovel ou Culmen International. Une roquette de l’EI récupérée par les forces kurdes syriennes du YPG (Unités de protection du peuple) à proximité de la ville d’Hassaké en mai 2015 s’est avérée avoir été vendue par la Bulgarie, de manière légale, en juin 2014 aux Etats-Unis via la société Kiesler Police Supply.

Les enquêteurs de CAR n’expliquent pas comment des armes livrées à des groupes de l’Armée syrienne libre (ASL) ont pu se retrouver aux mains de l’Etat islamique. La piste des trafics n’est pas à exclure. Mais le plus probable est qu’il s’agisse de butins de guerre. Outre leur combat contre l’armée du régime de Bachar al-Assad, les groupes issus de l’ASL se battent contre l’EI depuis 2013.

Les enquêteurs montrent également comment un même stock d’armes peut se disperser. Des roquettes utilisées par l’Etat islamique en Irak et en Syrie provenaient de lots déjà repérés au Yémen. Autre exemple, ces copies chinoises du M16 américain retrouvées par des combattants kurdes syriens, dont les numéros de série avaient été effacés exactement de la même manière que sur les fusils de groupes armés du Soudan du Sud. Ces fusils avaient été fournis illégalement par le gouvernement soudanais. «Cela montre que les armes se dispersent entre des conflits en Afrique et au Moyen Orient qui ne sont pourtant pas eux-mêmes connectés», note le rapport.

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